Quand une ancienne étudiante en chimie de Barcelone reprend les fourneaux d’une maison historique près de Lausanne, l’histoire mérite qu’on s’y attarde. Vous allez découvrir comment Alba Farnós Viñals transforme les saveurs catalanes en ode au terroir romand à l’Auberge de l’Abbaye de Montheron.
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Un parcours inattendu
Vous apprenez d’abord qu’Alba n’était pas prédestinée à la cuisine. Née à Barcelone, fille d’ingénieurs, elle excelle en chimie. Elle arrive en Suisse il y a dix ans. À 34 ans, elle porte un passé fait de rigueur et de silence. Ses parents partent tôt et reviennent tard. C’est la nounou, Maria Antonia, et la grand‑mère qui lui transmettent le goût des plats partagés. L’huile d’olive qui chante dans la poêle, les textures généreuses. Mais l’adolescence est marquée par un trouble alimentaire. La nourriture devient un terrain de contrôle. Plus tard, à l’université, elle brille en deuxième place de sa promotion. Elle vit une discipline qui frôle la privation.
De la chimie à la cuisine
Depuis janvier 2025, l’Auberge de l’Abbaye de Montheron l’accueille en tant que cheffe. Elle succède à Rafael Rodriguez avec une humilité sensible. Vous ressentez dans ses plats l’approche d’une scientifique. Elle analyse textures et températures. Mais elle cuisine aussi avec mémoire et émotion. Elle prend les produits du canton. Puis elle les assemble comme on assemble une équation. Le résultat est simple. Il est précis. Il est chaleureux.
Une cuisine qui raconte deux terres
Ce qui frappe, c’est la rencontre entre deux mondes. D’un côté, la chaleur catalane: huile d’olive, herbes, dialogues de saveurs. De l’autre, le terroir romand: poissons de lac, légumes racines, fromages locaux et herbes des montagnes. Alba marie ces éléments sans ostentation. Elle préfère l’équilibre aux effets. Vous goûtez des plats où la Méditerranée effleure le Léman. Les contrastes deviennent la signature. Ils racontent une histoire intime. Celle d’une femme qui revient au plaisir.
Accords vins: des vignes catalanes au chasselas
Vous pouvez prolonger l’expérience par le verre. Les vins catalans offrent souvent des blancs aromatiques et des rouges épicés. Le chasselas romand, lui, apporte finesse et fraîcheur. Voici trois suggestions pratiques pour vos repas.
- Entrée légère: carpaccio de perche ou tartare. Servez un chasselas frais. Il rafraîchit et n’étouffe pas les délicates traces iodées.
- Plat principal: plat aux herbes et huile d’olive. Essayez un blanc catalan à base de Xarel·lo ou Macabeo. Il soutient l’olive sans la dominer.
- Fromage: tomme ou vacherin. Un rouge léger du Penedès ou un vin du Valais peut faire un beau contrepoint.
Recette inspirée par ses racines et le terroir
Voici une recette simple, inspirée des associations qu’Alba privilégie. Elle est pensée pour quatre personnes.
Filets de perche du lac, huile d’olive et herbes
- 400 g de filets de perche (environ 100 g par personne)
- 4 cuillères à soupe d’huile d’olive extra vierge
- 1 citron (zeste et jus)
- 2 cuillères à soupe de persil plat finement ciselé
- 1 cuillère à soupe d’aneth haché
- Sel et poivre du moulin
- 50 g de beurre (optionnel, pour une finition fondante)
Préparation:
- Salez et poivrez légèrement les filets. Laissez reposer 5 minutes.
- Chauffez 2 cuillères d’huile d’olive dans une poêle à feu moyen. Cuisez les filets 2 à 3 minutes par face selon l’épaisseur.
- Retirez les filets. Ajoutez le beurre et une cuillère d’huile si vous le souhaitez. Pressez le citron. Raclez les sucs.
- Ajoutez le persil, l’aneth et le zeste. Mélangez et nappez les filets. Servez immédiatement.
- Accompagnement suggéré: pommes de terre vapeur et jeunes pousses légèrement assaisonnées.
Pourquoi cela compte
La trajectoire d’Alba Farnós Viñals montre que la cuisine peut être une forme de renaissance. Vous voyez une maison historique reprendre souffle. Vous observez aussi le pouvoir des rencontres culturelles. Catalonia et le canton de Vaud se parlent dans une assiette. Ce n’est pas seulement une histoire de techniques. C’est surtout une histoire de transmission et de plaisir retrouvé.
Si vous passez par Lausanne, une halte à Montheron vous permettra d’éprouver ce pont gustatif. Vous repartirez peut‑être avec la sensation douce d’un voyage entre mer et montagne.


